Des « achats de conscience » au second tour

Karim Sy, Fondateur et chef analyste de Jokkolabs

Au Sénégal, l’heure est au dépouillement des votes au terme d’une journée électorale globalement calme. Concernant la régularité du scrutin, des rumeurs persistantes ont circulé concernant des "achats de conscience". Les camps d’Abdoulaye Wade et de Macky Sall, les deux finalistes, s’accusent mutuellement. Qu’en est-il réellement?

Pour répondre à la question, nous avons rencontré Karim Sy de Jokkolabs, une organisation qui pilote Samabaat, plateforme de sensibilisation et de mobilisation citoyenne regroupant une quinzaine d’organisations de la société civile pour superviser le processus électoral.

Les Observateurs : Tout d’abord qu’est-ce qu’un achat de conscience ?

Karim Sy : Un achat de conscience consiste à proposer de l’argent à un électeur pour acheter son vote. On a noté beaucoup de cas d’achat de conscience.  Dans certains cas, on a proposé de l’argent pour reprendre la carte électorale d’un votant ou pour qu’il vote pour un autre candidat.

Quel est l’ordre de grandeur de ces achats de conscience, est-ce que c’est suffisamment significatif  pour influencer les résultats du vote, si oui en faveur de quel candidat ?

Karim Sy : Les cas qui sont rapportés concernent principalement la coalition Fall de Maitre Abdoualye Wade [le camp Wade a publié un communiqué par lequel il dément formellement avoir procédé à des achats de conscience]. C’est suffisamment significatif pour être anecdotique, mais pas pour influencer le scrutin peut-être. Durant le premier tour, ce n’était pas un phénomène clairement ressorti. Cette fois c’est le cas. Beaucoup d’observateurs sur le terrain l’ont noté avec des montants parfois assez élevés.

Justement, à combien peut-on acheter une conscience ?

Karim Sy : Les montants vont de 3000 francs CFA à 500.000. On a répertorié un cas où on a proposé à une responsable d’association féminine la somme de 5 millions de francs. Alors nous ne savons pas si c’était pour elle seule ou pour son association.

Ces achats de conscience sont-ils une stratégie décidée ou bien ce sont des gens qui prennent des initiatives  personnelles?

Karim Sy : ça on ne peut pas le savoir.

Comment faites-vous pour vérifier cette information d’achat de conscience ?

Karim Sy : Il y a toujours un observateur formé sur le terrain pour vérifier et valider l’information au niveau du bureau de vote même où cela s’est produit. Certains ont même filmé et pris des photos.  Le forum des Organisations civiles par exemple dispose plus de 1500 observateurs sur le terrain.

About these ads