Les abstentionnistes persistent et signent

A la veille du deuxième tour de la présidentielle sénégalaise, je suis allé à la rencontre de citoyens qui, bien que disposant d’une  carte d’identité et d’une carte d’électeur, n’ont pas voté au premier tour. Leur vote sera crucial lors du scrutin de dimanche.

J’ai mené ma petite enquête à Dakar dans les quartiers de la Gueule Tapée, de la Médina, de Tilène et de Fass.

« Je n’ai pas confiance en ces femmes et ces hommes qui se querellent »

Seydou (pseudonyme, au milieu), 25 ans.

« Je n’ai pas voté au premier tour parce que parmi les 14 candidats au départ, je n’ai pas vu le président que j’attends. J’attends un homme de vérité, de droiture et de transparence. Je n’ai pas confiance en ces femmes et ces hommes qui se querellent et qui tuent des jeunes [référence aux troubles qui ont émaillé la période électorale et qui ont fait au moins 10 morts]. Je n’ai pas confiance en ces hommes qui se moquent de l’avenir des élèves et des étudiants, sans professeurs depuis des mois. Au deuxième tour je ne sais pas encore ce que je vais faire. Peut-être que j’irai voter, peut-être pas. »

« Je ne fais pas confiance aux hommes politiques »

A souhaité rester anonyme.

« Je n’ai pas voté au premier et je ne voterai pas au second. Ma raison principale est que je ne fais pas confiance aux hommes politiques. Il n’y a que le pouvoir qui les intéresse, mais pas le peuple, pas la paix sociale, pas l’avenir de la jeunesse. Il n’y a que leur famille et leurs amis qui les intéressent. Pour moi, voter pour eux, c’est leur donner le pouvoir de nuire au peuple. Je ne veux pas être leur complice. Comme ça demain, je n’aurais rien à regretter si on s’aperçoit que l’on a fait un mauvais choix »

« Au deuxième je vais voter parce que le calme semble être revenu et je veux le changement »

Sidy Mboup,40 ans,chauffeur.

« J’ai ma carte d’électeur et ma carte d’identité mais je n’ai pas voté. Je ne me sentais pas en sécurité à cause des violences qui ont précédé le scrutin. Au deuxième je vais voter parce que le calme semble être revenu et je veux le changement. Je travaille à Dakar mais je suis de Thiès »

« Je n’irai pas voter parce que les présidents ne s’intéressent pas à la Casamance »

Boune Sadio,chef de résidence au Centre des oeuvres universitaires de Dakar(COUD), vient de Casamance

« Je n’ai pas voté au premier tour et je ne voterai pas au second. Je suis découragé de ces politiciens, de Senghor à Abdoulaye Wade et Abdou Diouf. Ils parlent de la paix mais ne font rien pour qu’elle advienne. Et puis chez nous en Casamance, les mangues et d’autres fruits pourrissent par terre. Aucun président n’a cherché à permettre aux citoyens de la Casamance de jouir pleinement des richesses que la nature leur a données. Les fruits de la Casamance et le riz de la Casamance pourraient alimenter les restaurants universitaires. Ils préfèrent les fruits, les jus et le riz d’ailleurs. »

« Si la paix revient, je voterai au deuxième tour, sinon je ne voterai pas »

Babacar Sène, 28 ans, tailleur, habite Médina.

« Au premier tour je n’ai pas voté à cause de l’insécurité. Les hommes politiques sont prêts à faire mourir des jeunes pour le pouvoir. Je connais des policiers qui n’ont pas voté parce qu’ils se sentaient coupables et tristes de la mort de ces jeunes. Si la paix revient, je voterai au deuxième tour, sinon je ne voterai pas. La démocratie ce n’est pas la violence mais le dialogue »

« Pour le deuxième tour, si je n’ai pas plus d’argent je ne voterai pas »

Abdou Diop, 40 ans, chauffeur de taxi, habite Diénder et travaille à Dakar

« Au premier tour je n’ai pas voté. Le carburant est très cher. Or je vote à Diender à plus de 100 kilomètres de Dakar. Et j’ai des problèmes d’argent. Pour le deuxième tour, si je n’ai pas plus d’argent je ne voterai pas. Voter c’est utile et c’est même un devoir, mais il faut aussi être dans les bonnes conditions pour le faire. »

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